On parle souvent d’outils, de méthodes, de techniques. Pourtant, sur le terrain, ce qui fait souvent la différence, c’est la manière d’être en relation avec les apprenants ou avec la personne accompagnée. Carl Rogers a travaillé sur cette dimension. Son approche vient de la psychologie humaniste, mais elle trouve très vite sa place en formation d’adultes et dans l’accompagnement en insertion.
Rogers ne propose pas une méthode clé en main. Il met en avant une posture. Trois attitudes en particulier. L’empathie, la congruence et le regard positif inconditionnel. Dit comme cela, cela paraît simple. Dans la réalité, c’est beaucoup plus exigeant.
L’empathie, ce n’est pas seulement écouter. C’est essayer de comprendre réellement le point de vue de l’autre, même lorsqu’il est éloigné du nôtre. En formation, cela se voit très vite. Un apprenant bloque sur une consigne. Le formateur peut répéter, reformuler, ou bien prendre un moment pour comprendre ce qui coince réellement. Parfois, la difficulté ne vient pas de la consigne elle-même, mais d’une représentation erronée ou d’un manque de confiance. Le fait de prendre ce temps change la suite de la séance.
La congruence, c’est l’authenticité. Le formateur ou le conseiller ne joue pas un rôle. Il reste professionnel, mais il est aligné avec ce qu’il dit et ce qu’il fait. En formation, cela se ressent immédiatement. Un formateur qui récite sans conviction perd rapidement le groupe. À l’inverse, lorsqu’il assume ses hésitations, lorsqu’il dit par exemple « là, je vais vérifier pour être sûr », la relation devient plus vraie. Le groupe suit davantage.
Le regard positif inconditionnel est souvent le plus difficile. Accueillir la personne sans jugement, même lorsqu’elle adopte une attitude qui dérange. Dans un groupe, il y a toujours un apprenant qui coupe la parole, un autre qui reste en retrait, un autre encore qui conteste. La réaction spontanée peut être de recadrer de manière sèche. Une posture inspirée de Rogers amène à comprendre ce qui se joue. Cela n’empêche pas le cadre. Cela permet de l’ajuster.
Prenons une situation en formation. Un apprenant répond toujours à côté. Les autres commencent à s’impatienter. Le formateur pourrait passer rapidement à quelqu’un d’autre. À un moment, il choisit de s’arrêter, reformule ce que l’apprenant a dit, puis lui demande de préciser. Petit à petit, on comprend qu’il n’a pas saisi l’objectif de l’exercice. Le problème n’était pas un manque de sérieux, mais un malentendu. Le groupe le voit aussi. L’ambiance change.
En CIP, la posture rogérienne prend encore une autre dimension. Une personne arrive pour une demande administrative. Elle parle d’un document, d’un délai, d’une difficulté avec un site. L’entretien pourrait rester à ce niveau. En creusant un peu, en reformulant, en laissant un silence, autre chose apparaît. Une perte de repères, une inquiétude face à l’avenir, parfois une situation personnelle plus complexe. Sans cette posture, cela reste invisible. Le diagnostic est alors incomplet.
Attention à un point. Cette approche est parfois confondue avec une forme de laisser-faire. Accueillir ne veut pas dire accepter tous les comportements. Comprendre ne veut pas dire être d’accord. Le cadre reste présent. Les objectifs aussi. La différence se situe dans la manière de les poser.
Concrètement, cela passe par des choses simples, mais qui demandent de l’attention. Laisser un silence au lieu de combler immédiatement. Reformuler sans transformer. Poser des questions ouvertes plutôt que fermer trop vite l’échange. Prendre le temps d’observer avant d’interpréter. Ces ajustements semblent minimes. Sur le terrain, ils changent la dynamique.
Dans les référentiels, on parle d’analyse de la demande, d’accompagnement, de remédiation. Derrière ces termes, il y a toujours une relation. La posture décrite par Rogers vient soutenir ces compétences. Elle ne remplace pas les outils. Elle les rend plus efficaces.
Encadré : Lien avec les référentiels FPA et CIP
La posture décrite par Carl Rogers s’inscrit directement dans plusieurs compétences attendues. En FPA, elle soutient l’analyse de la demande. Comprendre ce que dit un commanditaire ou un apprenant demande d’aller au-delà des mots. Elle intervient aussi dans l’animation. Gérer un groupe, relancer, réguler les échanges repose en grande partie sur la qualité de la relation. Elle est présente dans la remédiation. Identifier une difficulté, en comprendre l’origine, ajuster une réponse suppose une écoute réelle et une absence de jugement. Enfin, elle joue dans l’accompagnement. Aider un apprenant à progresser passe par un climat de confiance.
En CIP, elle est encore plus visible. Accueillir une personne, analyser sa demande, construire un diagnostic partagé, accompagner un projet. Ces compétences reposent sur la capacité à écouter, à reformuler, à laisser émerger la parole. Sans cette posture, le travail reste en surface.
Dans les deux métiers, les outils existent. Les méthodes aussi. La posture donne leur portée.
Encadré : Limites et points de vigilance
L’approche de Rogers apporte beaucoup. Elle a aussi ses limites. Dans certains contextes, le temps est contraint. En formation courte ou en entretien avec un flux important, il n’est pas toujours possible d’approfondir autant que souhaité. Il faut alors trouver un équilibre entre écoute et efficacité.
Certains publics attendent des réponses rapides. Une posture très centrée sur l’écoute peut être perçue comme un manque de direction. Le formateur ou le conseiller doit alors ajuster. Donner des repères, structurer, tout en conservant une qualité de relation.
Il y a aussi la question du cadre. Accueillir sans juger ne signifie pas laisser s’installer des comportements qui perturbent le groupe ou l’accompagnement. Le cadre doit être posé clairement. La posture vient soutenir ce cadre, pas le remplacer.
Enfin, la congruence demande une certaine maturité professionnelle. Être authentique ne veut pas dire tout dire. Il s’agit de rester aligné tout en gardant une distance professionnelle.
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