L’inclusion d’apprenants en situation de handicap est un défi. Ce n’est pas toujours évident. Lorsque j’étais formatrice en formation d’assistante de vie aux familles, j’ai accompagné des apprenants en situation de handicap. Je vais vous parler d’A., une charmante jeune femme de 19 ans, malentendante qui souhaitait faire ce métier pour, par la suite, devenir aide-soignante puis infirmière.
Lorsque j’ai appris qu’A. allait entrer en formation, je me suis demandé comment j’allais pouvoir gérer le groupe sans le délaisser tout en l’intégrant pleinement. A. avait une surdité sévère, elle lisait sur les lèvres et était soutenue par une association qui l’accompagnait une fois par semaine pour lui traduire les cours en langage des signes. Lors de cette session, j’avais aussi un autre apprenant S. qui avait une surdité moyenne. Il était appareillé et rencontrait moins de difficultés. Il a été d’une grande aide pour A.
Les autres apprenants ont été sensibilisés à cette situation de handicap par l’association, qui est venue en parler et a proposé des mises en situation avec un casque pour qu’ils s’aperçoivent des difficultés.
Pour l’inclusion, le soutien du groupe est essentiel.
J’ai revu tous mes cours pour les rendre inclusifs et accessibles. Cela a été un travail conséquent. Un cours inclusif et accessible est conçu afin que tous les apprenants, quelle que soit leur condition physique ou mentale, puissent y participer pleinement.
Au début, j’ai tâtonné, mais j’ai été conseillée par l’association pour malentendants et par la référente handicap de mon organisme de formation. J’ai pris conscience de l’importance d’adapter le contenu du cours, les méthodes pédagogiques et les outils utilisés pour qu’ils soient accessibles à tous les apprenants.
Pour le contenu du cours, le vocabulaire doit être simple et les termes techniques expliqués. Les informations données à l’oral sont aussi écrites, ce qui nécessite de retravailler les supports de présentation comme les diaporamas. J’ai ajouté des images, des shémas pour faciliter la compréhension. J’ai donné les supports de cours à l’avance afin qu’ils puissent suivre plus facilement.Lors de la diffusion des enregistrements vidéo, j’ai pris l’habitude de proposer des sous-titres et des transcriptions.
J’ai placé les apprenants en face de moi afin qu’ils puissent lire sur les lèvres et j’ai évité de parler en écrivant au tableau. J’ai sensibilisé aussi au fait de parler chacun son tour. Ce qui est indispensable en formation et d’autant plus avec ce type d’handicap. J’ai augmenté les temps de pause courts afin que la concentration soit meilleure.
Les apprenants ont été encouragés à poser des questions sans crainte.
Les séances d’accompagnement et de remédiation individuelle ont été fréquentes.
Ces ajustements ont été bénéfiques à tous.
A. et S. se sont bien intégrés dans le groupe. Ils ont enrichi la formation par leur questions, leurs réflexions et leurs personnalités. A. et S. nous ont apporté énormément avec leur humour. A. nous a initié à la culture sourde avec ses anecdotes et son explication de certains de ses comportements. « La culture sourde » désigne un ensemble de représentations, de savoirs, de pratiques, de règles sociales, de comportements et de valeurs.
La progression d’A. et de C. a été plus lente. La situation d’handicap permet, bien souvent, un rallongement du parcours de formation et une adaptation de l’examen. Le référent handicap est là pour étudier les possibilités.
S. a réussi deux certificats de compétences sur trois du titre. Il a trouvé du travail et s’est représenté à une autre session. A. a eu un problème de santé et a arrêté les cours, mais son projet reste en cours.
Cette expérience a amélioré mes compétences de formatrice. Elle m’a appris que l’inclusion est possible et crée un environnement d’apprentissage enrichissant pour tous.
